L’Économie au ras des pâquerettes


Bioéthanol cellulosique: la prochaine erreur?
septembre 30, 2008, 8:33
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Un débat sur le bilan énergétique du bioéthanol (éthanol à partir de grains) a fait rage au début des années 2000. Car pour produire cet éthanol, une grande quantité d’énergie et de ressources (eau, engrais, pesticides) sont requises pour semer, récolter et transformer les céréales en éthanol. Les opposants y voyaient une façon déguisée de subventionner les activités agricoles, portées par le puissant lobby américain.

Puis récemment, l’éthanol a été mis en cause du fait qu’il augmenterait la demande pour les céréales et constituerait un des facteurs ayant engendré la crise du prix des aliments.

S’il y a bien eu subvention déguisée ayant comme effet de faire augmenter le prix des céréales, il est amusant de noter que l’action politique a pu avoir un effet multiplicateur sur le prix de vente des agriculteurs qui a fonctionné au-delà des espérances du gouvernement (mais on ne saura probablement jamais si les revenus des agriculteurs ont quant à eux augmenté avec la hausse conjointe du prix des matières premières).

Mais déjà, l’industrie propose une technologie qui répond à ces deux critiques : l’éthanol cellulosique. Il s’agit d’utiliser la cellulose, qui constitue principalement les fibres végétales, notamment le bois. C’est également le cas  des tiges des plants de céréales. En théorie, on utilise l’épi pour l’alimentation et la tige pour faire de l’énergie. Solution parfaite en apparence.

Mais je vois déjà deux failles, une écologique et une économique

Impact zéro sur l’environnement?

Dans la foresterie, les résidus de bois maintiennent l’humidité du sol et lui redonnent un peu de nutriments. Utiliser ces “rebuts” entrainerait une érosion et un appauvrissement du sol. A ce propos, un commentaire fort pertinent de Jean-Philippe Michel, chercheur au centre d’étude de la forêt de l’UQAM :

À première vue, on pourrait y voir une occasion pour récolter les branches et le feuillage des arbres qui sont présentement laissées sur les parterres de coupes. Ces « résidus forestier », qui représentent de 20 à 40% de la biomasse totale des arbres, pourraient être ainsi valorisés avec ces nouvelles méthodes de production de biocarburants.

L’ennui c’est que les « résidus » forestiers ne sont pas des déchets et du gaspillage du point de vue de la forêt. Ces branches et ces feuilles qui recouvrent le sol des zones de coupes ont une utilité capitale au sein de l’écosystème forestier. La décomposition des branches et des feuilles remet en circulation leurs éléments nutritifs dans le sol et crée ainsi un environnement favorable à la régénération. Étant donné le contenu élevé de nutriments contenus dans les branches et le feuillage, la récolte entier d’un arbre peut doubler, voir quadrupler l’exportation de nutriments hors de l’écosystème. Cette exportation, en altérant les cycles biochimiques et en entrainant une diminution des réservoirs nutritifs des sols, peut affecter négativement la croissance des prochaines cohortes d’arbres. La fertilité des sols et la productivité à long terme sont donc susceptibles de se détériorer lorsque les résidus forestiers sont récoltés.

De plus, le bois mort sous forme de chicots et de résidus aux sols, joue un rôle essentiel dans la conservation de la biodiversité forestière. Plus de 25% des espèces de la forêt boréale en sont directement dépendantes du bois mort comme habitat ou source de nourriture. Ainsi, la récolte des branches et du feuillage des arbres pour produire de l’énergie pourrait avoir un impact énorme sur la biodiversité des forêts.

Impact économique bénéfique à tous?

La question qui se pose est l’usage actuel de ces débris végétaux. Dans le cas de l’agriculture, les tiges peuvent servir ànourrir le bétail. Cette utilisation comme fourrage est d’ailleurs une activité très importante, notamment en France :

Si une technologie industriellement efficace était mise au point, il pourrait y avoir une hausse du prix du fourrage pour le bétail, et donc, une hausse du prix des aliments (bien que ne touchant pas autant les plus pauvres qui ne peuvent habituellement pas s’offrir de viande).

De plus, si le prix de l’énergie venait qu’à atteindre de nouveaux sommets, il n’est pas impensable que l’activité fourragère se convertisse complètement à ce type de production énergétique renouvelable.

Mais au moins, les agriculteurs vont pouvoir augmenter leurs revenus et diminuer leur situation financière souvent très difficile. Pas sûr. Au-delà du coût des intrants énergétiques, il y a une question fondamentale de négociation entre l’industriel et l’agriculteur.

L’industriel désire payer au plus faible coût ses intrants pour produire un biocarburant compétitif face au pétrole. En face de lui, l’agriculteur voudra au contraire vendre au prix le plus élevé ce produit complémentaire pour améliorer sa situation financière. Comment résoudre ce problème?

Ayant déjà posé la question à un partisan de ces unions agro-industriel, on m’avait répondu que les profits de chacun serait en fonction du risque pris. Autrement dit, si les agriculteurs sont prêts à investir massivement et conjointement avec les promoteurs dans une centrale d’éthanol, ils pourront en récolter les fruits. Si le promoteur paie les frais, il va de soi que les revenus lui reviennent.

Mais avec la situation d’agriculteurs surendettés pour acquérir une machinerie pour une production industrielle, ont-ils les moyens de financer des aventures industrielles qui ne sont pas de leur ressort?


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