Il y a un aspect de l’enseignement de l’économie qui m’a toujours laissé perplexe. Un texte de Krugman discutant du paradoxe de l’épargne me le rappelle :
Such paradoxes are still fun to contemplate; they still appear in some freshman textbooks. Nonetheless, few economists take them seriously these days. (De tels paradoxes sont toujours amusants à considérer; ils apparaissent encore dans certains livres pour les étudiants de première année. Par contre, peu d’économistes les prennent au sérieux de nos jours).
Comment se fait-il qu’on enseigne des concepts et des idées à ceux qui débutent pour ensuite leur en démontrer la fausseté?
Un professeur m’avait mentionné la complexité de la science économique, et donc l’obligation de simplifier les concepts pour être compréhensibles des nouveaux venus, quitte à tronquer un peu sur la réalité des affirmations.
Pour ce qui est de la complexité, on pourrait rétorquer avec, de ce que j’en ai compris, le principe de rasoir d’Occam où un système plus simple vaut mieux qu’un même système plus complexe pour expliquer des phénomènes. Il en va ainsi de la complexité du système géocentrique (le monde tournant autour de la Terre) de Ptolémée par rapport à l’héliocentrisme (la Terre tournant autour du Soleil); et qui démontrait moins sa sophistication qu’une prémisse de départ fausse.
A sa défense, d’autres sciences utilisent aussi, en partie, cette approche. C’est notamment le cas de la physique, où est enseignée la discipline classique (physique classique) qui explique de nombreux phénomènes, mais dont les physiciens connaissent les limitations que corrigent la discipline de la physique quantique.
Mais je crois que les physiciens quantiques prennent au sérieux la physique classique…
Un autre exemple pourrait être tiré du sport, qui permettrait possiblement de mieux éclairer cette méthode d’enseignement qui m’apparaît contre-intuitive.
C’est le cas du ski. Au débutant, on enseigne la méthode du chasse-neige, qui consiste à skier en faisant une pointe de tarte. Par la suite, on lui enseigne plutôt à mettre ses skis en parallèle, ce qui permet une plus grande flexibilité et de skier dans des pentes plus accidentées.
Comme le ski demande une bonne dose d’équilibre, il faut pouvoir développer la capacité de garder une bonne stabilité tout en changeant de direction et de poids d’un pied à l’autre. Pour développer ces réflexes, il vaut mieux commencer avec un exercice facile et qui permet de contrôler ses mouvements, plutôt que d’apprendre en dévalant la pente à toute vitesse.
Lorsque l’équilibre sur les skis est acquis, il devient plus commode d’apprendre une manière plus difficile techniquement et qui se différencie en de nombreux points de la méthode de départ, en gardant les éléments essentiels (transfert de poids, changement de direction, dérapage).
De la même manière, je me souviens de professeurs qui aimaient à dire que les cours d’économie étaient une sorte de gymnastique mentale, permettant de mouler son esprit pour pouvoir appréhender les questions sous l’angle et avec les outils de la science économique. Ce que j’aime utiliser dans ce blogue. Mais je fais possiblement des erreurs de logique, n’ayant pas poursuivi mes études dans les cycles du doctorat où les vrais concepts sont enfin révélés aux initiés…
En outre, je réalise que ces enseignements boiteux, qui seront corrigés plus tard, se donnent également à de nombreuses autres disciplines, et qui croient apprendre la base de l’économie. Mais avec une base faussée, ça fait beaucoup de travail de correction à faire par la suite…
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