L’Économie au ras des pâquerettes


Équilibre à long terme des subventions gouvernementales
juin 3, 2008, 9:22
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Un des premiers concepts qu’on apprend en Économie 101 est que dans un système de parfaite compétition, à l’équilibre, le prix que peut demander l’entreprise correspond au coût et au profit normal de l’entreprise (le profit normal pourrait être le salaire qui aurait été gagné à faire une autre activité). À court terme, une innovation technologique ou un nouveau produit peut permettre de vendre au-dessus du coût et du profit normal, générant un profit économique qui va attirer de nouveaux joueurs, augmentant l’offre jusqu’à revenir à l’équilibre.

J’ai l’impression qu’il en est étrangement de même avec l’approche gouvernementale pour attirer les entreprises avec des subventions directes ou indirectes à l’implantation. Le calcul du gouvernement est le suivant :

une subvention va attirer une entreprise qui va créer des emplois directement et indirectement (fournisseurs locaux, commerces, etc.). Ces retombées seront supérieures au montant de la subvention accordée. Par exemple, chaque dollar investi en subvention pour attirer une entreprise va fournir 1,50$ en retombées économique. Il s’agit d’un profit économique pour le pays.

Examinons maintenant le cas où il y a de la compétition entre états pour une entreprise. Les deux états vont calculer les bénéfices attendus de la venue de l’entreprise et feront des offres incitatives. La demande étant maintenant plus grande, les gouvernements devront offrir plus et accepter de diminuer le profit qu’ils peuvent espérer retirer. Par exemple, le profit ne sera plus que de 1,15$ plutôt que 1,50$ pour chaque dollar investi. Si on ajoute plusieurs pays, on arrive au point où, en théorie, l’offre de subvention sera assez proche d’un profit économique nul, disons 1,05$ ou tout autre seuil au-dessous duquel le gouvernement jugera que la subvention n’en vaut pas la peine.

Cseries

Source : Bombardier aéronautique

Tout à fait illusoire? Peut-être mais le cas de Bombardier semble montrer que le jeu se déroule à une moindre mesure. Un article de Radio-Canada mentionnait que le Missouri, qui se bat avec Montréal pour l’implantation d’une usine de Bombardier, avait offert 880 millions de dollars en crédit d’impôt.

Et cela pour un investissement initial envisagé selon les autorités du Missouri, à 375 millions de dollars et qui devraient créer 2 100 emplois à Kansas City et des milliers d’autres dans le reste de l’État. Pendant ce temps, Ottawa offre une aide remboursable de 350 millions de dollars, à quoi s’ajouterait 118 millions de dollars de la part du Québec.

L’article mentionne toutefois que le gouvernement de l’état américain a revu à la baisse l’offre à la compagnie. Alors, plutôt de traiter Bombardier “d’assisté social corporatif“, il vaudrait peut-être mieux commencer à le voir comme un consommateur dans un marché très compétitif de pays qui veulent maintenir leur niveau d’emplois et de croissance économique.



Mise à jour : Cascades économiques
mai 26, 2008, 9:01
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Un intéressant article du Financial Post sur les facteurs expliquant la hausse du pétrole. D’après un gestionnaire de fonds de couverture (hedge fund manager), la hausse est en grande partie dû aux spéculateurs. Ainsi, la demande pour le pétrole a été aussi grande par les fonds de couverture et les fonds institutionnels que par la Chine!

Plus bas, il est cité disant :

institutional investors have moved into commodities as a way to protect themselves against volatility in interest rates and the stock market. Typically, he said, they spread their exposure across a swath of commodities, from energy and grains to metals.

(Les investisseurs institutionnels se sont déplacés dans les produits de base de manière à se protéger contre la volatilité des taux d’intérêt et de la bourse. Typiquement, ils étendent leur couverture au travers d’un large assortiment de produits de base, de l’énergie aux céréales et aux métaux).

Mais comme l’explique le gestionnaire, à long terme, c’est se tirer dans le pied car ils créent une bulle qui va éclater et leur protection se révèlera d’autant moins efficace.



Le coût d’opportunité
mai 24, 2008, 6:55
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Pour un autre article que je devrais bientôt terminer, il a fallu que je retourne dans mes livres d’économique. Plus précisément, je suis retourné à la base avec Introduction à la macroéconomie moderne, 2e éditions, ERPI. Et avec un peu de recul, certaines questions me viennent.

Le livre définit (ou plutôt résume) le raisonnement économique sur cinq principes fondamentaux:

  1. Tous les problèmes économiques découlent de la rareté. La rareté impose des choix aux gens et les oblige à évaluer le coût d’opportunité des options qui s’offrent à eux.
  2. Le coût d’opportunité représente la valeur de la meilleure des possibilités auxquelles on renonce (lorsqu’on fait un choix, NDRL).
  3. On prend les décisions en comparant l’avantage marginal au coût marginal.
  4. L’augmentation du coût d’opportunité d’un choix est un incitatif à le remplacer par un substitut.
  5. La concurrence a des répercussions sur la chaîne des substitutions; les effets ultérieurs surpassent les effets immédiats.

Par rapport au point 2, le livre donne l’exemple d’un étudiant qui a le choix entre aller à son cours le lundi matin (imaginons un cours d’économique pour noircir les choses), rater le cours et dormir ou rater le cours et aller courir. Dépendant de ses préférences, le coût d’opportunité sera le choix auquel il a renoncé (dans le cas du dormeur, le coût d’opportunité du cours d’économique est l’heure de sommeil de moins).

Prenons maintenant le point 4. À prime abord, c’est straightforward : quand le coût d’opportunité d’une activité augmente, on remplace cette activité par une autre. Les auteurs donnent en exemple qu’un cours de danse est un substitut à un cours d’économique.

Mais si on reprend la définition donné en 2, on obtient :

L’augmentation du coût d’opportunité est l’augmentation de la valeur de la meilleure possibilité auquelle on renonce.

Pour reprendre l’exemple du dormeur, disons qu’il a travaillé dur pendant la fin de semaine dans un emploi minable de nuit pour payer ses études (ou qu’il a fêté jusqu’aux petites heures du matin, selon vos idéologies favorites). Dans les deux cas, il est très fatigué le lundi matin, ce qui augmente la valeur d’une heure de sommeil, et donc, le coût d’opportunité du cours du lundi matin.

Malgré cette hausse du coût d’opportunité, je ne crois pas qu’il va y aller pour un substitut, par exemple le cours de danse. N’y aura-t-il pas plutôt renversement des choix; et la meilleure possibilité auquelle il renonce sera celle qu’il choisira?

Ou posé autrement : Est que le coût d’opportunité est la valeur du substitut?

Voici un autre exemple : notre même jeune entre dans un dépanneur parce qu’il a soif. Il choisit, cas classique, un Coca-Cola. Il considère que le second meilleur choix serait un jus de pomme. La valeur du jus de pomme est le coût d’opportunité du Coca-Cola.

Au moment de payer, il voit à la une du journal que des études démontrent les effets miraculeux du jus de pomme sur la concentration. La valeur du jus de pommes vient d’augmenter à ses yeux.

En corollaire, le coût d’opportunité du Coca-Cola vient d’augmenter. Va-t-il plutôt acheter un Pepsi, le substitut de Coca-Cola? Ou du jus de pomme?



Un autre effet de la baisse du dollar américain
mai 6, 2008, 2:15
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La hausse du dollar canadien provient de la bonne santé économique du pays, notamment grâce à ses réserves de pétrole. Mais une raison majeure est la baisse de la valeur de la devise américaine.

Si on compare l’évolution au cours des deux dernières années du dollar canadien vis-à-vis du dollar américain ou de l’euro, la hausse ininterrompue se transforme en volatilité à la baisse :

Évolution du dollar canadien en dollar américain et du Dollar canadien en Euro

Source : Yahoo finance

Cette influence de la devise américaine se reflète également sur le prix du pétrole. Si on compare la hausse du prix du pétrole dans les deux devises, on peut voir une hausse annuelle (avril à avril) d’environ 75% en dollar US et de 50% en Euros :

Prix du pétrole exprimé en dollar US et en Euro

Source : EIA, European Central Bank



Cascades économiques
mai 3, 2008, 9:46
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On nous rabâche que le taux d’épargne de la plupart des pays industrialisés est négatif. Ça n’empêche pas qu’au niveau mondial, de l’argent, il y en a beaucoup. Une abondance de capitaux qui cherche où croître.

Ces capitaux sont placés dans différentes sphères de l’économie, en fonction du risque et du rendement, jusqu’à arriver à un équilibre. Alors, qu’arrive-t-il lorsqu’un secteur s’effondre, comme l’immobilier américain ou que la bourse entre dans une période de baisse, ou qu’une monnaie qui se voulait une réserve de valeur perd de sa valeur?

L’argent se déplace ailleurs. Une partie retourne en liquide en attendant un retour des temps meilleurs. Mais une une autre partie migre vers des secteurs déjà en équilibre. Je suppose que ça ne peut que diminuer le rendement par rapport au risque à long terme. Mais ça augmente la valeur à court terme. Ce qui attire l’attention de ceux qui cherche où transférer leurs capitaux; jusqu’à ce que ce nouveau secteur surchauffe et éclate. Alors, l’argent se déplace de nouveau et se concentre dans les secteurs qui ont résisté.

Prenons un exemple de cette idée de cascade. On sait déjà qu’il y a une hausse dans le cours des céréales. Ce qui augmente les coûts de l’industrie de la transformation alimentaire (comme le montre le cas de Maple Leaf), réduisant dans plusieurs cas leurs profits.

Ceux qui avaient placé leurs économies dans le secteur de la transformation alimentaire regardent ces résultats désolants et se disent qu’ils préfèreraient que leur argent soit ailleurs. Et qu’est-ce qu’ils voient? Une flèche montante pour le cours des entreprises produisant des engrais comme Potash Corp. of Saskatchewan. Ou dans le pétrole, faisant augmenter d’autant le prix des céréales dans ce dernier cas.

Source : WTRG Economics

Alors, est-ce que ce qui se passe est l’œuvre de méchants spéculateurs? Ou juste d’épargnants qui veulent déplacer leur argent là où il peut croître?



Effet boomerang pour l’économie canadienne
avril 22, 2008, 12:50
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La firme Global Insight Canada a créé l’événement début mars en annonçant que l’économie canadienne devrait éviter la récession alors même que les États-Unis y plongent.

Évidemment, les analystes de Desjardins prédisaient fin décembre que les États-Unis n’entreraient pas en récession et on voit ce qui est arrivé.

Puis, c’est au tour de Statistiques Canada d’ébahir la galerie avec les données sur les exportations canadiennes, avec le Financial Post qui reprenait ses données dans un article. Mais comme le journaliste le mentionne, il y a deux phénomènes en jeu. Les secteurs du pétrole, des métaux et de l’agriculture profitent de la hausse du prix des matières premières et des aliments.

À l’opposé, les secteurs manufacturiers sont durement touchés par la baisse du dollar américain et une récession potentielle chez notre principal partenaire économique.

Voici mes propres prédictions du jour. La récession américaine va entraîner le reste des pays émergents dans son sillage. Et ce sont ces économies qui se trouvent à être les nouveaux clients canadiens dans le secteur des ressources naturelles. Par un effet boomerang, les secteurs canadiens qui auront échappés à la récession américaine vont écoper à leur tour du ralentissement de notre voisin du Sud.